Histoire du camp de "Judes"
Album l'oratoire Polonais
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        Pour quelles raisons ces Polonais ont-ils, le 29 juillet 1941, édifié cet oratoire ? Une note conservée aux archives départementales du Tarn-et Garonne assure que " les officiers polonais, aspirants compris, ont été dirigés, en date du 1er août 1941, sur le groupe 801 de Travailleurs Etrangers à Vacqueras Montmirail ( Vaucluse )(5). Or, aux archives départementales de Vaucluse, on ne trouve pas de trace de leur arrivée. Si on lit attentivement le document rédigé en polonais, on y perçoit la quasi-certitude d'une libération prochaine, qui ne les mènerait pas vers un autre camp français, mais vers une reprise du combat : " Dans leurs yeux la fierté du soldat et dans leurs cœurs la foi en Dieu, la foi en la victoire. Ils approchent d'une nouvelle séparation, ils y reconnaissent la croix, et ils prient. "
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          La présence polonaise dans la seconde
guerre mondiale

         On distingue plusieurs groupes, parmi ces Polonais du camp de Judes, en fonction de la date et du lieu de leur arrestation : leur histoire individuelle rejoint la grande Histoire. Des premiers arrivés, le 6 avril 1941, au nombre de huit, nous connaissons l'histoire par le témoignage d'un survivant, Jean Rollinger : " le yacht " La Bouline " quittait clandestinement le port de Marseille dans la nuit du 5 au 6 octobre 1940, emmenant à son bord 22 passagers, dont nous-mêmes, les huit personnes de la photo. " La Bouline " fut arraisonnée par le dragueur de mines " Cap Noir " le 8 octobre 1940 au large de la Couronne, et contraint après trois semonces - par coups de canon - à rejoindre la côte Française à Port-de-Bouc, le 9 octobre 1940. Après trois mois de séjour à la maison d'arrêt d'Aix-en-Provence et le procès des 2 et 3 janvier 1941, nous étions condamnés à la confiscation de capitaux (pour ma part : 435.05 F. ! ). Puis nous étions transférés au camp du Vernet dans l'Ariège jusqu'à fin avril, et ensuite transférés au camp de Septfonds ".(4)

         En provenance également du camp de Vernet ( camp disciplinaire, rappelons-le ) cinq autres Polonais, dont Roman Ciemior, que j'ai eu l'insigne privilège de rencontrer trois ans avant sa mort. Il m'a raconté, en compagnie de Wladyslaw Sadowski, un " ancien " de Norvège comme lui (Roman Ciemior avait 19 ans en 1941 ! ) il se dirigeait vers la frontière espagnole, comment ils ont été arrêtés par des douaniers entre Tarascon-sur-Ariège et Auzat, emprisonnés à Foix pendant trois mois, jugés en mars 1941 et condamnés à trois mois de prison. La peine étant purgée, ils se retrouvent, non pas libre, mais assignés au camp de Judes, où ils sont conduits menottes aux poignets, sous escorte de gendarmerie ; c'est à pied qui leur faut parcourir les 7 kilomètres qui séparent la dernière gare, Caussade, du camp. Roman Ciemior pesait 49 kilos au sortir de la prison…

         Du dernier groupe, arrivé en mai 1941, nous ne connaissons l'odyssée que par les archives départementales : il s'agit de huit Polonais qui avaient réussi à gagner la Tunisie, en furent expulsés par la commission d'armistice italienne, ramenés à Marseille, et de là à Septfonds.














   ( L'oratoire actuellement, de bois et d'ardoise.)
                                 voir l'album

        Deux interventions furent sans doute décisives : celle du directeur de la Croix-Rouge Polonaise à Toulouse, M. Wojdat, et celle de Rosa Bailly, fondatrice de l'association des Amis de Pologne en 1919, réfugiée en juin 1940 à Toulouse, d'où elle visita les camps du Vernet et de Septfonds. Le 29 juillet 1941, les Polonais du camp de Judes savaient donc qu'ils échapperaient au régime répressif de Vichy, qu'ils recevraient le " bâton de pèlerin " et " reprendraient le chemin séculaire du pèlerinage polonais ". La " Kapliczka " à l'effigie de Notre-Dame de Czestochowa, " Reine de Pologne ", apparaît ainsi à la fois comme une action de grâce et comme une prière.

         Il est plus difficile de savoir ce qu'il advint d'eux par la suite. L'un se fit prêtre, un autre se suicida. Plusieurs gagnèrent la Grande-Bretagne : Wladyslaw Schöffer, lieutenant de l'Armée de l'Air, fut tué lors d'un raid sur l'Allemagne. Beaucoup survécurent à la guerre : les frères Antoni et Andrzej Chciuk s'installèrent en Australie, le second devenant un écrivain de renom ; le colonel Zdzislaw Lubicz-Szydlowski, docteur en philosophie, mourut à Toronto en 1973 ; d'autres revinrent vivre en France.

        Semblables aux " oiseaux voyageurs " (" Lous aouzels bouyatjurs ") célébrés un siècle plus tôt par le poète agenais Jasmin, ces vingt hommes et cette femme ne sont restés que peu de temps au camp de Judes. Mais assez pour laisser un témoignage de leur foi inébranlable dans cette liberté qui est toujours à reconquérir.

                     janvier 2004                                         (Avril 1999)                      Nicole Roger-Taillade




(4) Lettre du 2 mai 1995 à M.Mignot, maire de Septfonds.
(5) Note 813 du 7 août 1941, ADTG 1W15, confirmée par une lettre du 16 août 1941 ; ADTG 5w14.
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L'oratoire polonais de Septfonds