La restauration (
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infos) de l'oratoire, effectuée
en 1995 à l'initiative
du maire M. André Mignot, a fait découvrir, contenus dans une bouteille elle-même
scellée dans un socle de béton, deux manuscrits signés par les vingt officiers ;
une vingt-et-unième signature est celle de la femme de l'un d'eux. Le premier manuscrit, bilingue,
expose, en français et en polonais, les conditions dans lesquelles fut construit l'oratoire, consacré
le 29 juillet 1941. Le second, entièrement en polonais est rédigé en versets bibliques,
se situe dans la grande tradition poétique de l'Emigration polonaise, initiée par Adam Mickiewicz
dans le
Livre des Pèlerins polonais.
Un édifice, à bien des égards plus modeste, s'élève
aux bords du camp de Judes, près de Septfonds, dans le Tarn-et-Garonne. Il s'agit d'un simple oratoire, d'une " kapliczka ", comme en rencontre
le long des routes de Pologne, et qui relèverait plutôt de l'art populaire ; il fut édifié par vingt officiers polonais détenus
au camp. Ce point minuscule dans la grande histoire concentre pourtant en lui des renseignements qui ne sont pas dénués d'intérêt.
"
Polonais et Français, de tout temps amis."
Depuis deux siècles, les Polonais partagent les luttes et
les espoirs de la France. Leur engagement a été absolu pendant les deux guerres mondiales. Des monuments, partout sur le sol de France, rendent
hommage à leur bravoure et à leur loyauté : à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), au cimetière polonais d'Aubérive
(Marne). Place de Varsovie, à Paris s'élève une statue, œuvre du sculpteur français André Greck, commémorant
l'héroïsme des polonais qui ont participé à la défense et à la libération de la France pendant le deuxième
conflit mondial. Dans le grand Sud-Ouest, signalons les monuments de Pau-Idron et de Port-Vendres : ce dernier rappelle la part déterminante
des aviateurs polonais intégrés à la Royal Air Force dans la bataille aérienne de 1940-1941, avec ces mots de Sir Winston Churchill
: " jamais dans l'histoire tant d'hommes ont dû autant à si peu d'entre eux ".
(L'oratoire, tel qu'il fut édifié en 1941, tout en bois).
Qui était ces hommes et cette femme ?
Comment ont-ils été amenés au camp de Septfonds ?
Tout d'abord, ils venaient de Pologne, de leur patrie qu'ils avaient vu terrasser,
agressée par l'armée hitlérienne le 1er septembre 1939, envahie par l'armée soviétique le 17 septembre. Aucune action
militaire n'étant plus possible en Pologne, c'est ailleurs qu'il leur fallait " accomplir leur devoir de Polonais
"(1). Le général Louis Faury a raconté cet exode par la Roumanie et par la Hongrie, dès octobre
1939, des masses compactes, en ordre, ou bien de petits groupes, sans armes. Tout un système d'évasion fut alors organisé, par la Yougoslavie
et la Grèce, pour arriver à Modane (France) ou à Vintimille. En six mois, plus de 25 000 officiers, sous-officiers et spécialistes
gagnèrent ainsi notre pays(2). Comme d'instinct, ces Polonais de notre siècle retrouvaient "
le chemin tracé par le sang de leurs aïeux et de leur pères "- celui des Emigrations de 1830 et 1863.
Arrivés en France pendant les mois de la guerre, intégrés à " l'Armée
Polonaise en France ", les plus jeunes recevant une formation militaire au camp de Coëtquidan, ils participèrent à l'expédition
de Norvège et aux combats qui se déroulèrent en France, " à Saint-avold, Kirviller, Dieuz et
Lagarde, à Belfort et en Bretagne ".
Après l'armistice en France, dans l'été 1940, environ un quart de " l'Armée
Polonaise en France " fut évacué sur la Grande-Bretagne. Les autres soldats polonais, répondant à l'appel du général
Sikorski, s'efforcèrent de gagner le sud de la France, afin de rejoindre " la Grande-Bretagne et l'Armée Polonaise
Combattante ". C'est ici que la police de Vichy les arrêta et, pour ceux qui nous intéressent, les conduisit au camp de Septfonds.
Le 4 avril 1941, la direction de la Sûreté, au Ministère de l'Intérieur, faisait connaître au Préfet du Tarn-et-Garonne,
sa décision " de créer au camp de Septfonds un centre spécial destiné aux officiers des armées ex-alliées,
ayant tenté de quitter la France clandestinement ".(3)
(1) Les passages en italiques sont des citations du document polonais.
(2) Général Louis Faury : " Pologne terrassée. L'épilogue en Roumanie (septembre-octobre 1939),
Revue historique des Armées, n° 168 (sept. 1987).
(3) Archives Départementales du Tarn-et-Garonne, 1W15.