page 3
(1)(2) 3           page 3
page précédente
           Si les formes qui se répandirent dans toute l'Europe étaient proprement phéniciennes, la religion qui animait ces formes était voisine, sinon identique à celle de Mésopotamie. Et c'est l' Istar mésopotamienne, plus bavarde que l' Artarté phénicienne, qui va nous apprendre ce qu'était la mort pour les constructeurs de mégalithes. On verra qu'une telle mort valait bien quelque peine, et le prodigieux effort qui enthousiasma le comte de Caylus trouve son explication dans la très haute conception de la mort qu'eurent les tenants de l'épopée mégalithique.
            Les religions anciennes étaient secrètes : elles donnaient leur enseignement sous une forme hermétique, pour éliminer tous ceux qui ne comprenaient pas. Car, à la différence du christianisme, qui accueille tous les hommes, intelligents ou pas, les religions anciennes réservaient toutes leurs faveurs à ceux qui étaient pourvus d'esprit.
......
agrandissement . Les écrits anciens sont donc des énigmes, nous dirions aujourd'hui des tests intellectuels. C'est ainsi qu' Istar, la grande déesse de la beauté, bien que son physique soit des plus rudimentaires, réduit qu'il est, en guise de sourcils, à une double arcade, où les yeux sont deux points ronds. Comprenne qui pourra ! De plus, cette déesse de la beauté est tenue par une grande débauchée. Elle collectionne des amants sans nombre, et, dit un poème, " tu les tuas sept à sept ". Tout s'explique, si Istar est maîtresse de la mort ancienne, et si c'est la mort qui est belle. Car Istar ne fait pas que tuer ses amants. Elle a tué ainsi " l'amant de sa jeunesse, Doumouzi ", mais elle va le rechercher dans l'enfer, la huitième année. Au prix d'un immense effort, elle lui fait franchir les sept portes de l'Enfer et le ramène à la vie.
       Entrée de la Table des Marchands en Locmariaquer  
......
             Ces deux poèmes énigmatiques donnent le secret de la mort ancienne, on n'était mort que pour sept ans ! La huitième année, le mort revenait à la vie. C'est ainsi que l'Allemand Rosenberg découvrit que les morts ne restaient pas toujours dans la tombe dolménique. Après les avoir entourés de grands soins pendant quelques années, leurs descendants les sortaient un jour de la tombe et les précipitaient sans aucune cérémonie dans une fosse voisine où ils pourrissaient sans égards. Ce comportement qui scandalisa Rosenberg s'explique aisément. Les soins s'adressent aux ossements, tant qu'ils sont réputés servir d'habitation à l'âme du mort. Mais la huitième année, l'âme du mort revenue à la vie, les os n'ont plus aucune espèce d'intérêt. Car la religion des dolmens est une religion d'esprit et de résurrection. C'est pourquoi tous les peuples la trouvèrent si belle.
             Cette mort si spéciale explique qu'on ait trouvé absolument vides tant de mégalithes et surtout les plus beaux. Vide la Roche aux Fées, d'Essé, en Ille-et-Vilaine, vide le grand dolmen de Bagneux, vide la merveille des Orcades, Maes Howe. Faut-il s'en étonner si les os n'y devaient pas séjourner plus de sept ans ! La plupart des fouilleurs admettent que le dolmen vide d'ossements à été violé antérieurement. Comme si les pilleurs de tombes prenaient soin de faire le ménage. Dans d'autres tombes, les os " désaffectés " n'ont pas été sortis mais piétinés sans aucun respect. Rien n'est explicable si l'on ignore le mécanisme de la mort ancienne. Tout s'explique par lui !
......
.agrandissement .         Si la sortie des os, hors de la tombe, a son explication, leur broyage procède d'un autre esprit. Car cette destruction des os est absolument systématique, là où elle se pratique. Tsountas, fouillant les tholos des Cyclades ou celles de la Grèce continentale, constate que les os sont broyés comme piétinés sans respect. Glyn Daniel note que, dans les dolmens du sud de l'Angleterre, les os sont non seulement en désordre mais tous fragmentés. Et F. Neil, fouillant un dolmen à Buzeins, dans l'Aveyron, trouve le sol entièrement jonché d'esquilles osseuses. Il fait part de l'impression désagréable que procure la marche sur un pareil terrain ! Or, ce broyage des os n'a rien d'accidentel, rien d'irrespectueux. Il est la conséquence du grand rôle dévolu aux os dans la circulation des esprits : si les os renferment l'esprit pendant sept ans, comment libérer cet esprit ?

Magnifique allée couverte,
de la Roche aux Fées
...
Les textes des pages 2 et 3 sont des extraits du livre "Les Pierres sacrées, dolmens et menhirs", petit ouvrage d’une trentaine
de pages, dont l'auteur est Henry Bar et Hervé Champollion l'illustrateur (1978).
accueil / histoire / retour
accueil
La religion des pierres levées