page 2
(1) 2 (3)           page 2
page précédente
suite les dolmens
accueil / histoire / retour
accueil
Le véritable peuple des mégalithes
           Ce fut l'Espagne qui nous mis sur la bonne voie. Là, les mégalithes (méga, grosse, lithos, pierre), réalisaient le prodige d'être construits en petit appareil, par lits de pierres horizontales. Il n'y avait pourtant pas à douter de la parenté des tombes espagnoles et des nôtres. Toutes consistent en une chambre sépulcrale, sous butte de terre ou de pierraille, cette chambre étant accessible par un couloir, lequel, entre deux usages, était obturé par une dalle percée d'un trou rond. Cette sépulture étant collective, comme le démontra Stuart Piggot, et accueillant tous les morts d'une famille.
dolmen  
    La tombe en petit appareil, du sud de l'Espagne, força les archéologues du temps à tourner leurs yeux vers l'Orient. Les fouilles de Schliemann, à Mycènes, avaient illustré le magnifique monument connu sous le nom de " Trésor d'Atrée ". Et le " Trésor d'Atrée " avait le même schéma que les tombes hispaniques, il avait montré la direction à suivre, mais ce sont les îles de la mer Egée qui allaient élargir magnifiquement notre connaissance.
     Beaucoup de ces îles, en effet, portent un type très ancien de tombe, dont la forme en ogive d'obus est en tout comparable à celle du " Trésor d'Atrée ". Elles s'identifient encore plus nettement avec les tombes du sud de l'Espagne, car elles possèdent le même appareillage en pierres sèches, tout juste épannelées. Mais ces tombes de la mer Egée amenaient une révélation sensationnelle, c'étaient des puits. Leur forme ogivale, exactement semblable, formait un puits ventru, et ce puits, dans lequel on descendait les morts, portait un nom : c'était la tholos. Avec la tholos, puits de mort, on atteignait le faciès premier de la tombe familiale. Là, les morts étaient sous terre, au monde inférieur, que les latins appelaient Inferi, et dont nous avons fait les " Enfers ".
       Si la tholos de l'Egée apparaissait bien comme le prototype de la tombe espagnole, il y avait, de l'une à l'autre, de notables changements. La première était puits, placée sous terre ; la seconde était au ras du sol. Et c'est pour lui rappeler sa nature souterraine que les innovateurs placèrent la tombe nouvelle sous une butte de terre. Legrand d'Aussy avait très bien noté qu'il existe pour le dolmen deux sortes d'état, avec ou sans butte. Mais raisonnant en homme pratique, il avait admis que le dolmen à l'air libre demandant un moins grand effort, devait venir le premier. La butte, le mane, à l'immense cubage de terre devant être un perfectionnement du premier état. La réalité est différente : la butte de terre est conditionnée par la nature souterraine de la tombe. Sa disparition répond à des besoins nouveaux qui ne s'étaient pas encore imposés lors du débarquement de la tombe en Espagne.
          La nouvelle présentation de la tombe amenait un immense changement dans son mode d'accès. La tombe en puits était fermée par une large pierre posée sur son ouverture, au ras du sol. Il fallait déplacer cette pierre à grand effort pour y placer le nouveau mort. C'est dans une tombe ainsi faite, que Sindbad le Marin, au cours de son septième voyage, est enfoui vivant : on lui passe une corde sous les bras, pour le descendre dans la fosse puante, et la lourde pierre est replacée sur l'ouverture. Les vivants devant de multiples soins aux morts, cette disposition était très incommode. Dans la tombe, sous butte au contraire, il ne sera plus question de déplacer l'énorme pierre de faîte. La tombe au ras du sol communique par un couloir avec le monde extérieur. agrandissement
           Ainsi, cette excursion dans la mer Egée nous donne-t-elle la raison de la butte de terre, mane breton, cairn ou carn celtique, barrow anglais, gaigal hébreu, motte normande. Cette butte pouvant prendre des dimensions énormes comme la butte de Tumiac en Arzon ou le Mane Mikel, à Carnac. Mais la voie egéenne va nous donner bien autre chose. Elle va nous procurer le mot magique qui éclaire toute l'aventure mégalithique, et ce mot est : Phénicie. Car les plus belles photos ne sont pas dans l'Egée, mais sur le rivage phénicien.
       Il existe à Amrith, nécrople de l'antique ville d'Arvad, bien plus vieille que Tyr et Sidon, des tholos plus circonstanciées que celles de l'Egée et qui possèdent en puissance tout ce que connaîtra par la suite l'aventure mégalithique. Avec les Phéniciens, coureurs de mer, nous avons le secret de la diffusion des Pierres Levées, dans toutes les îles de la Méditerranée, en commençant par la mer Egée, la Sicile et les Baléares, pour atteindre le rivage sud de l'Espagne, avant de gagner les côtes du Portugal, puis les îles de notre littoral, Yeu, le Morbihan et toutes les îles anglaises et écossaises, depuis les Scilly jusqu'aux Orcades que se trouvent les plus belles tombes, après celles d'Amrith. Car l'île la plus lointaine et la plus sauvage, était plus accueillante aux hommes de la mer que le continent le plus proche.
   La Mer Noire, les rivages de l'Inde, en particulier, le pays de Cochin, possèdent des tombes d'inspiration phénicienne. Les fastueux commerçants de la mer devaient éblouir tous les peuples par leur richesse. Ils ne cherchèrent certainement pas à imposer leur religion, mais tous les peuples essayèrent de se modeler sur les fascinants étrangers. Ils s'assimilèrent autant qu'ils purent leurs formes religieuses, d'autant que ces formes étaient très belles.
  agrandissement     agrandissement       agrandissement      
  L'entrée du Mane Kerioned en Carnac est d'une grande beauté !     La butte de Tumiac, en Arzon (terre et pierraille)       Le dolmen des Pierres Plates, en Locmariaquer