Dans la triste histoire
de la seconde guerre mondiale, le camp de "Judes", à Septfonds, a valeur de
symbole. Il avait été prévu pour recevoir 15.000 miliciens espagnols.
En février 1939, les dispositions sont prises
par le préfet de Tarn-et-Garonne, à la demande de l'autorité militaire, pour faire
aménager un terrain de pâturage pour mouton (terrain déjà connu des autorités
à "Lalande" et à "Judes", lieux dits de la commune de Septfonds) pour
y recevoir 15.000
miliciens espagnols réfugiés
en France.
Trente baraquements sont commandés à des entrepreneurs
locaux.
Chaque baraque aura 48 mètres de long et 7 mètres de large; orientée
vers le sud-est, ouverture sur le côté sud, fermée sur les trois autres, recouverte
en tôle ondulée, elle abritera
350 hommes serrés (selon un essai
préalablement réalisé en faisant allonger au sol des soldats sénégalais
de la caserne Guibert).
Une clôture entoure le camp d'une double rangée de
piquets et de fils barbelés en ménageant ainsi un chemin
de ronde. Des miradors dominent l'ensemble du camp.
Il y a deux camps: l'un, provisoire, à "Lalande",
reçoit
2.500 miliciens par jour depuis le 5 mars 1939. Après les
mesures d'hygiènes, ils sont transférés à l'autre camp, celui
de "Judes". A partir du mois d'août, les plus
âgés et les
enfants sont installés dans un camp situé
à Pomponne,
à Montauban.
Au début du mois de mars,
2 trains par jour
de plus de 1 millier d'exilés chacun s'arrêtent en
gare de Borredon. Le
trajet se continue à pied par un chemin de campagne, "pour éviter les inconvénients
sérieux - selon les craintes des autorités - que ne manqueraient pas de présenter
ces interminables défilés de miliciens au milieu des populations de Caussade et de Septfonds,
déjà augmentées d'éléments espagnols importants".
La vie quotidienne, au camp, des internés est celle
d'une fourmilière qui s'agite et aussi qui s'organise. "Les cloisons, absentes pour faciliter
la surveillance dans les baraques, sont remplacées par des murs de boue, de brique, de toile, de
tôle... La couche argileuse, imperméable, de la surface du sol est percée; ainsi,
l'eau peut atteindre le sol spongieux et s'écouler... L'un, avec des planches enfoncées
dans le sol, endigue l'éparpillement de sa portion de paille. L'autre s'est construit, à
l'aide d'une claie de rondins, un sommier sur lequel il a déposé un matelas fait d'un sac
de sucre vide bourré de paille..." Un soldat blessé, de la colonne
anarchiste
Durruti, dira: "Jetés là comme des piltragas (morceaux de chair humaine) abandonnés
du monde entier..."
Beaucoup de gestes de
sympathie en faveur
de ces réfugiés de la part des
habitants de Septfonds et des comités
qui se constituent pour leur venir en
aide. Les peintres
Lucien Cadène
et
Hubert Bergère offrent leurs tableaux pour une tombola. Le syndicat des cheminots
de Montauban envoie un camion de légumes secs et verts et du linge de maison et du savon.
Les différents corps de métier (tailleur, cordonnier, horloger,
coiffeur, fabricant de sandales, etc.) apparaissent dans le camp lors du regroupement des réfugiés
en compagnie de travailleurs étrangers de 250 à 400 hommes chacune, commandée par
un militaire français et encadrée par des gradés espagnols. Elles participent aux
corvées du camp et aux travaux d'utilité publique. Une main-d'oeuvre agricole est fournie
à des propriétaires terriens qui ont fait la demande à l'office départemental
de la main-d'oeuvre.
Une masse de réfugiés de Septfonds est transférée
dans toute la France pour travailler dans les usines et sur les chantiers de
l'organisation allemande
Todt, chargée de la construction du mur de l'atlantique. Mais les indésirables,
propagandistes extrémistes, suspect, etc., se retrouvent au camp du Vernet-d'Ariège (au
bord de la route nationale 20, entre Pamiers et Saverdun), camp répressif pour individus dangereux
pour l'ordre public et la sécurité nationale. Certains travailleurs espagnols seront déportés
au camp de Mauthausen. Le camp de Septfonds deviendra un centre de rassemblement pour individus dangereux:
Juifs, Allemands, Autrichiens, polonais, y seront internés. Enfin, des Français, accusés
de collaboration après la libération, en seront les derniers "utilisateurs".
Jacques LATU (Avril 1995)
Conservateur