Il y a cinquante ans, s'ouvraient,
après des mois et des années de barbarie, les portes des camps de concentration nazis. Le
camp de judes, à Septfonds, fut un "réservoir" des convois de déportés.
En 1936, lors du soulèvement, au mois
de juillet, du général Franco contre la république espagnole,
M.
Ressigeac, professeur d'espagnol au lycée Ingres, tient une série de conférences
sur le conflit espagnol. Des séances de cinéma organisées par la section montalbanaise
de la Solidarité internationale antifasciste assurent un soutien à l'Espagne républicaine
avec l'Union des syndicats de Tarn et Garonne; plusieurs comités de soutien nés à
Montauban; les groupements locaux du Parti communiste, du Parti socialiste et du Parti radical. Grâce
aux fonds recueillis, des denrées alimentaires et des produits pharmaceutiques permettent de "secourir
la détresse des familles et de soigner les blessés, tous les défenseurs de la liberté".
Léon Féral, alors conseiller municipal, centralisait les dons.
Déjà, en septembre 1936, les
premiers réfugiés espagnols, hommes, femmes, enfants, dont beaucoup sont très jeunes,
arrivent sans aucune ressource, en gare de Montauban, fuyant la ville frontalière d'Irun et l'avance
des troupes espagnoles nationalistes. Rapidement, l'accueil s'organise au Verger départemental
et dans les logements particuliers, à Montauban.
Avant
la création du camp de Judes, à Septfonds,
2.300 réfugiés espagnols sont ainsi répartis: Montauban,
1.250; Moissac, 50; Molières, 120; Saint-Antonin,
20;
Lauzerte, 50; Lavit, 49; Golfech, 31; Castelsarrasin,
71;
Caussade, 430; Verdun-sur-garonne, 50;
Beaumont-de-Lomagne, 81; Larrazet, 30;
Montaigu-de-Quercy, 25; Pommevic, 39; La Ville-Dieu, 100;
Grisolle, 50; Septfonds, 50.
En janvier 1939, les troupes nationalistes
envahissent Barcelone. Les civils fuient la France et l'armée républicaine espagnole se
replie vers la frontière. Pour tous ces républicains commence une harassante marche "vers
une illusoire liberté" 550.000 soldats, hommes, femmes, enfants, vieillards, passent la frontière.
La frontière française, fermée de juin 1938 à janvier 1939, est alors ouverte,
d'abord aux civils. Puis les 5 et 6 février 1939, l'ordre est donné de laisser entrer en
France l'armée républicaine espagnole.
C'est le deuxième exil de 1939, après
celui de 1936. Le président de la République espagnole, Manuel Azana, se
réfugie en France et se retire à Montauban, où il meurt en 1940.
Les miliciens espagnols - entendons par ce terme les républicains antifascistes, antifranquistes
- sont regroupés dans des camps de concentrations sur les plages du Roussillon, " où
ils s'efforcent de dormir, tremblant de froid". C'est Argelès, Saint-Cyprien, Le Barcarès,
etc.
Les camps français d'internement
La troisième
République finissante ouvre alors les camps français d'internement au début
de 1939.Déjà en 1938, le gouvernement par sa politique xénophobe, appliquait
la législation d'exclusion de la communauté nationale des étrangers indésirables
par, d'abord, une assignation à résidence en mai 1938, puis par internement administratif
en novembre 1938. Une expulsion aurait été contradictoire avec le droit d'asile, ardemment
défendu par les associations adhérentes au Front populaire. Des milliers de réfugiés
politiques en bénéficiaient.
Le décret-loi du 12 novembre1938
est l'acte de naissance des camps français d'internement qui débutent en 1939 pour finir
qu'en 1944.
En 1939, ils regroupent les étrangers
indésirables, des espagnols, des allemands antinazis qui ont fui l'Allemagne hitlérienne
depuis 1933 et qui, à la déclaration de la guerre, en septembre1939, sont considérés
suspects alors qu'il n'y a aucun danger de complicité avec le troisième Reich. Au contraire
!
Ces camps continueront à fonctionner sous le régime
de Vichy, car après la commission d'armistice franco-allemand du 22 septembre 1940, les
nazis ont le droit de regard sur les camps français d'internement de la zone non occupée.
Ainsi sont menacés 7.500 Allemands (certains sont incorporés dans la Wehrmacht, tous les
autres sont conduits à Dachau), des espagnols, des réfugiés étrangers,
des français, des communistes, des opposants politiques, des tziganes, etc.
Une loi de Vichy, par décret, publiée le 18 octobre
1940, permet aux préfets d'interner "les étrangers de race juive".