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Famille Kurzweil raflée à Auvillar le 26 août 1942, internée au camp de Septfonds.
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Suite, le camp de "Judes"
Histoire du "petit camp" de Septfonds (1939-1945)
(deuxième partie et fin)
             Camp militaire
          Suit une phase militaire, pendant les mois de guerre et après la défaite. Le 29 février 1940, le camp est remis à l’autorité militaire, une partie devenant “dépôt de régiment de marche des volontaires étrangers”, une autre étant mise à la disposition de l’Armée Polonaise en France, qui y instruisit environ 800 hommes relevant de l’Armée de l’Air (ensuite transférés à Lyon-Bron). Après la débâcle de juin 1940, la dissolution de la République et la proclamation de l’Etat français à Vichy, le 11 juillet, le camp de Septfonds devient centre de démobilisation pour les Volontaires étrangers (parmi lesquels un grand nombre de Juifs), au nombre de plusieurs milliers.
          Les Archives départementales du Tarn-et-Garonne conservent, pour les années 1940-1942, des dossiers individuels de ressortissants d’au moins dix-huit nationalités. En fait, les Volontaires étrangers sont déjà versés dans des “groupements de travailleurs étrangers” (GTE), et relèvent donc dorénavant, non plus de l’autorité militaire, mais du Secrétariat d’Etat à la Production et au Travail. Conséquence de l’acceptation de la défaite, et extension au domaine militaire de l’internement administratif, le gouvernement de Vichy crée à Septfonds “un centre spécial destiné aux officiers des armées ex-alliées ayant tenté de quitter la France clandestinement” (télégramme du Ministère de l’Intérieur, 4 avril 1941) :
              des militaires belges et polonais, arrêtés et jugés en divers points de la zone sud, sont conduits et                                                                                retenus à Septfonds, d’avril à juillet 1941.

        De l'internement à la déportation
          La tutelle des camps, en France du sud, étant trans-férée du ministère de la
Guerre à celui de l’Intérieur (loi du 1er novembre 1940), Vichy développe, de
1940 à 1942, une politique de répression, contre les communistes et contre les Juifs.
En juillet 1941, des militants communistes sont arrêtés à Septfonds et dans les
environs (23 Français, 27 Espagnols, un Italien), interrogés pendant plusieurs jours au
camp, déportés à Dachau, puis Buchenwald, d’où plusieurs ne reviendront pas.
          D’autre part, dès ses premiers mois d’existence, le régime de Vichy pose les
bases légales de sa politique anti-juive : par la loi du 3 octobre 1940 qui définit le
“statut des juifs”, complétée par celle du 4 octobre 1940, au titre de laquelle “les
ressortissants étrangers de race juive pourront [...] être internés dans des camps
spéciaux, par décision du préfet du département de leur résidence” (article 1er ).
Les mesures anti-juives se succèdent, aboutissant, à partir du 4 août 1942,
à l’arrestation, “sur l’ordre du gouvernement” “de plusieurs milliers d’Israélites
étrangers” : selon Gérard Gobitz, 84 Juifs furent ainsi livrés, à partir de Septfonds,
avant la rafle du 26 août. A la suite de celle-ci, le convoi n° 30, quittant Drancy
le 9 septembre à destination d’Auschwitz, comptait 1000 Juifs, “dans l’ordre
décroissant, des Polonais, des Allemands et des Autrichiens”, dont 211 en provenance de Septfonds.
          Par ces actes de Vichy, la France est le seul Etat dont le gouvernement ait contribué de son plein gré à la Solution finale.

        L'épuration
         A la Libération, le Gouvernement provisoire de la République faisait référence au décret-loi de 1938 pour annoncer “la répression des faits de collaboration et des activités antinationales” (circulaire du 3 novembre 1944).        
         L’internement administratif était donc maintenu, seulement tempéré par l’instauration de commissions de vérification. Le camp de Septfonds, de même que ceux de Gurs et de Noé, devient alors “centre de séjour surveillé” : environ cinq cents hommes et femmes y sont internés, jusqu’à ce qu’en mai 1945 les 133 derniers soient transférés à Noé, et le camp définitivement désaffecté.
         Les internés dans les camps français ont été (sauf à la Libération), dans leur très grande majorité, des étrangers. Mais le dessaisissement des instances judiciaires au profit des instances administratives, les pouvoirs exorbitants accordés aux préfets, la création des camps, leur fonctionnement à travers les régimes successifs, de la Troisième République à l’Etat français de Vichy et au Gouvernement provisoire de la République, tout cela est une affaire française.
          Plus généralement, on a pu dire que la Seconde Guerre mondiale a fonctionné, à l’échelle de la France, comme une “guerre civile” : elle a rouvert une fracture qui existe dans l’opinion française depuis la Révolution, depuis l’affaire Dreyfus.
                          Mieux vaut prendre la mesure de ce déchirement, que tenter d’effacer ce qui ne peut plus l’être...

Nicole Roger-Taillade      (mars 2004)
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