Camp
militaire
Suit une phase militaire, pendant
les mois de guerre et après la défaite. Le 29 février 1940, le camp est remis à
l’autorité militaire, une partie devenant “dépôt de régiment de
marche des volontaires étrangers”, une autre étant mise à la disposition de
l’Armée Polonaise en France, qui y instruisit environ 800 hommes relevant de l’Armée
de l’Air (ensuite transférés à Lyon-Bron). Après la débâcle
de juin 1940, la dissolution de la République et la proclamation de l’Etat français
à Vichy, le 11 juillet, le camp de Septfonds devient centre de démobilisation pour les Volontaires
étrangers (parmi lesquels un grand nombre de Juifs), au nombre de plusieurs milliers.
Les Archives départementales
du Tarn-et-Garonne conservent, pour les années 1940-1942, des dossiers individuels de ressortissants
d’au moins dix-huit nationalités. En fait, les Volontaires étrangers sont déjà
versés dans des “groupements de travailleurs étrangers” (GTE), et relèvent
donc dorénavant, non plus de l’autorité militaire, mais du Secrétariat d’Etat
à la Production et au Travail. Conséquence de l’acceptation de la défaite,
et extension au domaine militaire de l’internement administratif, le gouvernement de Vichy crée
à Septfonds “un centre spécial destiné aux officiers des armées ex-alliées
ayant tenté de quitter la France clandestinement” (télégramme du Ministère
de l’Intérieur, 4 avril 1941) :
des
militaires belges et polonais, arrêtés et jugés en divers points de la zone sud, sont
conduits et
retenus à Septfonds,
d’avril à juillet 1941.
De l'internement à
la déportation
La tutelle des camps, en France
du sud, étant trans-férée du ministère de la
Guerre à celui de l’Intérieur (loi du 1er novembre 1940), Vichy développe,
de
1940 à 1942, une politique de répression, contre les communistes et contre les Juifs.
En juillet 1941, des militants communistes sont arrêtés à Septfonds et dans les
environs (23 Français, 27 Espagnols, un Italien), interrogés pendant plusieurs jours au
camp, déportés à Dachau, puis Buchenwald, d’où plusieurs ne reviendront
pas.
D’autre part, dès
ses premiers mois d’existence, le régime de Vichy pose les
bases légales de sa politique anti-juive : par la loi du 3 octobre 1940 qui définit le
“statut des juifs”, complétée par celle du 4 octobre 1940, au titre de laquelle
“les
ressortissants étrangers de race juive pourront [...] être internés dans des camps
spéciaux, par décision du préfet du département de leur résidence”
(article 1er ).
Les mesures anti-juives se succèdent, aboutissant, à partir du 4 août 1942,
à l’arrestation, “sur l’ordre du gouvernement” “de plusieurs milliers
d’Israélites
étrangers” : selon Gérard Gobitz, 84 Juifs furent ainsi
livrés, à partir de Septfonds,
avant la rafle du 26 août. A la suite de celle-ci, le convoi n° 30, quittant Drancy
le 9 septembre à destination d’Auschwitz, comptait 1000 Juifs, “dans l’ordre
décroissant, des Polonais, des Allemands et des Autrichiens”, dont 211 en provenance de Septfonds.
Par ces actes de Vichy, la France
est le seul Etat dont le gouvernement ait contribué de son plein gré à la Solution
finale.
L'épuration
A la Libération, le Gouvernement
provisoire de la République faisait référence au décret-loi de 1938 pour annoncer
“la répression des faits de collaboration et des activités antinationales” (circulaire
du 3 novembre 1944).
L’internement administratif était
donc maintenu, seulement tempéré par l’instauration de commissions de vérification.
Le camp de Septfonds, de même que ceux de Gurs et de Noé, devient alors “centre de
séjour surveillé” : environ cinq cents hommes et femmes y sont internés, jusqu’à
ce qu’en mai 1945 les 133 derniers soient
transférés à Noé, et le camp définitivement
désaffecté.
Les internés dans les camps français
ont été (sauf à la Libération), dans leur très grande majorité,
des étrangers. Mais le dessaisissement des instances judiciaires au profit des instances administratives,
les pouvoirs exorbitants accordés aux préfets, la création des camps, leur fonctionnement
à travers les régimes successifs, de la Troisième République à l’Etat
français de Vichy et au Gouvernement provisoire de la République, tout cela est une affaire
française.
Plus généralement,
on a pu dire que la Seconde Guerre mondiale a fonctionné, à l’échelle de la
France, comme une “guerre civile” : elle a rouvert une fracture qui existe dans l’opinion
française depuis la Révolution, depuis l’affaire Dreyfus.
Mieux vaut prendre la mesure de ce déchirement, que tenter d’effacer
ce qui ne peut plus l’être...
Nicole Roger-Taillade
(mars 2004)