Retracer
l’histoire du camp de Septfonds relève de la gageure.
Les sources sur lesquelles se fonde
la recherche historique sont éparses et lacunaires. Selon un “procès-verbal d’incinération
de documents”, en date du 10 juillet 1945, les archives du camp ont été détruites
, fait “rarissime”, selon Serge Klarsfeld, interrogé par
Sylvain
Zorzin : “C’est pratiquement le seul cas que j’ai rencontré de destruction
volontaire complète. Il ne reste que des bribes.” La disparition n’est pourtant pas
totale puisque subsistent aux Archives départementales du Tarn-et-Garonne, à Montauban,
des cartons et liasses en assez grand nombre. D’autres documents peuvent être consultés
aux Archives nationales (CARAN), au Centre de Documentation juive contemporaine (CDJC), au Polish Institute
and Sikorski Museum de Londres.
Un camp peu connu
La presse de l’époque renseigne
sur la création, la construction, l’organisation du camp (La Dépêche, mars -
juin 1939), sur la vie quotidienne des réfugiés espagnols (L’Etoile de l’Orme,
journal paroissial, comporte, en avril 1939, un véritable reportage de l’abbé Desseaux).
Des témoignages ont été publiés, certains très tôt, tel celui
de Joseph Ratz, dès 1945, dans son livre intitulé La France que je cherchais.
Les impressions d’un Russe engagé volontaire
en France ; d’autres ont été recueillis, au fil des années, par Jacques Latu,
conservateur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Montauban, ou à
l’occasion de travaux universitaires.
Le camp de Septfonds a suscité
relativement peu d’études spécifiques : quelques articles (mais pas de livre), des
mémoires de maîtrise ou de recherche (mais pas de thèse) dont la plupart concernent
une période particulière de son histoire (espagnole, juive ...). A ce jour, seul le travail
de
Sylvain Zorzin englobe la totalité de l’histoire
du camp de Septfonds, de 1939 à 1945, et même, comme son titre l’indique, l’évolution
de sa présence dans le souvenir des divers “acteurs”:
Le Camp
de Septfonds (Tarn-et-Garonne): Soixante ans d’histoire et de mémoires.
Une redécouverte sur fond d'oubli
Longtemps considéré
comme un “petit camp”, le camp de Septfonds est à présent régulièrement
mentionné dans les grands ouvrages qui traitent de la question dans son ensemble et font aujourd’hui
autorité, tels ceux d’Anne Grynberg : Les Camps de la honte. Les internés
juifs des camps français. 1939-1944 (Paris, La Découverte, 1999) et de Denis Peschanski
: La France des camps. L’internement, 1938-1946 (Gallimard, 2002).
Septfonds n’est qu’un camp
parmi d’autres ; son histoire particulière s’inscrit dans l’histoire générale
de l’internement en France à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Une histoire
qui est celle des diverses populations internées, mais aussi celle des gardiens et de toute une
administration. Une histoire où se concentre, à l’échelon local, le phénomène
infiniment complexe qu’est la Seconde Guerre mondiale, avec ses composantes militaire, politique,
idéologique, jusqu’au paroxysme monstrueux de la Solution finale. Une histoire qui est aussi
une page d’histoire française, de la Troisième République au Gouvernement provisoire
de la République, à la Libération, en passant par le régime de Vichy.
Sans doute n’est-il pas indifférent
que l’histoire du camp de Septfonds ne puisse être écrite qu’ à partir
de données fragmentaires, de “bribes” - autrement dit sur fond d’oubli. Or “l’amnésie”
(le mot a été employé dans ce contexte par Anne Grynberg) est impossible quand le
village, le paysage alentour conservent l’empreinte des internements successifs : peintures de Ponti,
Soria, Marti et Trepat, cimetière espagnol, oratoire polonais ... On ne passe pas sans émotion
devant certaines bâtisses comme le Refuge ou l’ancien hôpital. Le souvenir des déportés
juifs, pour impalpable qu’il soit, dorénavant est lié indissolublement à l’histoire
du village.
Le "camp des Espagnols"
Les bases de l’histoire
du camp de Septfonds ont été posées par le groupe de travail du Musée de la
Résistance de Montauban, composé de Jacques Latu et Pascal Caïla,
auteurs des panneaux explicatifs installés en 1998 auprès du Mémorial de Lalande.
On distingue plusieurs phases, déterminées en fonction du régime politique et de
l’autorité de tutelle.
La Troisième République
instaure l’internement administratif, par le décret-loi du 12 novembre 1938 qui prévoit
la création de “centres spéciaux” pour “étrangers indésirables”.
A ce titre furent regroupés
au camp de Septfonds quinze à seize mille
réfugiés espagnols, à partir de mars 1939. Ces dispositions sont confirmées
à l’approche de la guerre et dans les mois qui suivent, par le décret du
1er septembre et le décret-loi du 18 novembre 1939, qui prévoient l’internement
des ressortissants de “territoires appartenant à l’ennemi”, c’est-à-dire
des
réfugiés allemands et “ex-autrichiens”.